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Ruggieri, Michele 羅明堅 (1543-1607)
Alternative Names:Luo Mingjian 羅明堅, zi Fuchu 復初 ; Lo Ming-chen, Fu-ch'u ; Lo Ming-kien, Fou-Tch'ou ; Pompilio ; Rogerio ; Michel Rogeiro ; Rougier; Jogerius
Religious Affiliation:Society of Jesus (Roman Catholic)


Source: Dehergne, Répertoire (1973)

Ruggieri (Rogerio), Pompilio; puis Michele (ital.) P.
Rogeiro; Rougier; Jogerius (Goa 24, 146).
Lo Ming-kien, Fou-Tch'ou (Pf.).
N. Spinazzola, ("Apulia" = dans les Pouilles), 1543 - Docteur en droit. -E. 28 oct. 1572, Rome.
Emb. le 24 mars 1578 sur le S. Luis (W 198: P. Michele RUGGIERI); arr. Macao vers le 20 juill. 1579; il y fonde le Catecumenado de S. Martin, pour la conversion des Chinois; avril 1580, oct. 1581 etc, bref séjour à Canton; 1581, catéchisme (BVE.FG. 1276); juin-déc. 1582, Tchao-k'ing fou (Shiuhing); Macao; pour la première fois messe à Tchao-k'ing, 1er janv. 1583; Chao-hing, fonde la mission du Tchö-kiang avec le P. d'ALMEIDA, fin 1585; autre tentative à Kouei-lin (Kweilin), Kouang-si, 1587; cette même année, fonde la mission du Hou-kouang; appelé à Rome, nov. 1588, pour y projeter une ambassade du pape (D'ELIA I, 147; II, 638). Son Catéchisme (TACCHI VENTURI II, 498-540, ms de la BVE).
P. Lisbonne 12 mars 1578, première messe (D. XI, 21*).
V. (la formule est perdue).
M. Salerne, 11 mai 1607 (HS 43a, 36v dit P. Michael ROGERIUS M. Naples 11 mai 1607).

Oeuvres JS 101 I, II.
Portrait: RUGGIERI avec Matteo RICCI par LOMMELIN.
Pf. 15; EC (Cel. TESTORE).
WILSON, Arnold T., in Bull. of the School of Oriental Studies, Londres 1926; WIEGER, L., Notes sur la première catéchèse écrite en chinois, 1582-1584, AHSI I (1932), 72-84 (cf D'ELIA, I, 194); D'ELIA, P.M., Quadro storico sinologico del primo libro di dottrina cristiana in cinese, AHSI 3 (1934), 193-222; BERNARD, Aux Portes 143-194; SCZESNIAK, B., The Seventeenth Century Maps of China, Imago Mundi 13 (1956), 116-136; SHIH, Joseph, Le P.R. et le problème de l'évangélisation en Chine, Rome, 1964; BRUNNER, 18-24; STREIT IV no. 1937; BORTONE, Fern., Il P. Matteo Ricci, S.I., Il "Saggio d'Occidente," 2° éd. 1965, p. 477; D'ELIA, La reprise des missions catholiques en Chine à la fin des Ming (1579-1644), Journal of World History V (1959-60), 679-691; LACH, 955; SCHÜTTE, 1000; STREIT IV no 1937.
RUGGIERI est inscrit le 28 oct. 1572 sous le nom de "Pompilio RUGIERO napolitano" et il signe "Pompilio de ROGGIERI" (Rom. 171 A, fo 23v). sur le registre des entrées. Serait-il parent du P. Michael ROGERIUS N. à Capoue en 1536, E. 1572, pr. des 3 V. le 31 mars 1603? Il est, en tout cas, le fils de Luigi R. (qui fut longtemps au service du duc de GRAVINA) et de Giulia FONELLA, napolitaine.
Le Dizionario portoghese-cinese, composé par RICCI et RUGGIERI, avec l'aide du fr. Sébastien FERNANDES, entre 1583 et 1588, est le premier dictionnaire européen-chinois connu. Il va des mots abitar, à zunir (Paul Yang FU-MIEN, The Catholic Missionary Contribution to the Study of Chinese Dialects, Orbis, t. IX, Louvain, 1960, p. 158-185, avec fac-similé); D'ELIA II p. 32 hors-texte.


Source: Pfister, Notices, no. 7
Compiled and edited by: Michel Marcil SJ

N: Spinazzola, diocèse de Venosa, Royaume de Naples, 1543.
M: 11 mai 1607, Salerne
Le P. Michel Ruggieri obtint du P. Everard Mercurian la permission de partir pour les Indes avant d’avoir terminé son cours de théologie. Il s’embarqua à Lisbonne en 1578, avec les PP. Rodolphe Aquaviva, François Pasio, Matthieu Ricci et Nicolas Spinola.
Envoyé aussitôt à la Côte de la Pêcherie, il en fut rappelé peu après par le P.Provincial Vincent Ruiz, pour être dépêché à Macao à la demande du P. Valignano afin de s’y appliquer à l’étude de la langue chinoise. [ Franco, Synopsis Annalium, p.116. – Nieremberg, Claros varones t.IV, pp.334 seq. ]

Quand le P. Ruggieri arriva à Macao en juillet 1579, le P. Valignano venait d'en partir pour le Japon, non sans avoir cependant laissé des instructions pour les futurs missionnaires de Chine. Suivant ces instructions, le P. Ruggieri se mit aussitôt ardemment à l’étude de la langue et de l’écriture chinoises, malgré le scepticisme et les plaisanteries de la majorité de son entourage, pour qui l’entreprise était une impossibilité et une perte de temps. Les Supérieurs du collège de Macau ne se faisant aucun scrupule de détourner le P. Ruggieri de ses études pour l’appliquer au ministère, le P. Valignano se hâta de leur écrire du Japon pour leur défendre de distraire à l’avenir le P. Ruggieri du travail auquel il l’avait appliqué. Le premier maître du P. Ruggieri fut un peintre chinois, qui se servait de son pinceau pour mieux faire comprendre à son élève le sens et la force des caractères chinois. Dès que le P. Ruggieri crut en avoir une connaissance suffisante, il songea à pénétrer en Chine: il sentait la nécessité de se mettre en rapport avec les mandarins. [ Lettre au T.R.P. Mercurian, Général, 8 nov.1580, dans Ricci, Opere, t.II, pp.397 seq. -- Ste-Foi, Vie du P. Matthieu Ricci, p.266 -- Trigault, Expédition, pp.234 seq. – Ricci, Opere, t.I, pp.109 seq. ]
Tous les ans, à deux époques fixes, les Portuguais avaient l’autorisation de se rendre dans les faubourgs de Canton pour y faire du commerce. Mais au soleil couché, ils étaient obligés de rentrer dans leurs navires. Le P. Ruggieri profita de cette circonstance pour nouer connaissance avec quelques mandarins, et pour demander la permission de rester à terre, parce que, disait-il dans sa supplique, étant prêtre, il ne pouvait satisfaire à l’obligation qu’il avait d’offrir chaque jour un sacrifice à Dieu, s’il était contraint de suivre les Portuguais dans leurs déplacements quotidiens.
La supplique parut juste, et sa requête fut bien accueillie (1580) d’autant que les mandarins, flattés de voir un Européen s’appliquer à l’étude de leur langue, lui offrirent un logement dans le palais destiné aux membres de l’ambassade que le roi de Siam envoyait tous les ans à Pékin. Cette bienveillance des autorités frappa les Chinois de Macao, et plusieurs manifestèrent le désir d’embrasser la foi chrétienne. Un catéchuménat fut établi et, quand le P. Ruggieri était à Macao, il prodiguait tous ses soins à cette maison naissante. [ Trigault, Expédition, pp.237 seq. – Ricci, Opere, t.I, pp.110 seq. ]
Le vice-roi Tch'en 陳 des deux Koang 廣( Koang-tong 廣東 et Koang-si 廣西) envoya à l’évêque de Macao don Léonard de Sax et aussi au gouverneur don Juan d’Almeyda, l’ordre de se présenter devant lui à Tchao-k’ing 肇慶, comme chefs des marchands européens. Cet ordre était humiliant pour les Portuguais, mais résister était dangereux pour Macao naissant. Le P. Ruggieri fut chargé de représenter l’évêque et un riche marchand remplaça le gouverneur. On leur remit des présents précieux pour le vice-roi. Cette ambassade fut reçue à Tchao-k’ing avec le plus grand appareil, et le gouverneur de la province, à la vue de ces dons si curieux, ne put cacher sa satisfaction; il promit même au P. Ruggieri de lui accorder une résidence à l’intérieur. [Trigault, Expédition, pp.246 seq. – Ricci, Opere, t.I, pp.112 seq. ]
Le P. Ricci, qui était récemment arrivé à Macao en août 1582, avait apporté avec lui une horloge sonnante. Le vice-roi l’ayant appris, brûla de l’envie de la posséder. Il écrivit à Macao, au P. Ruggieri, l’invitant à venir le trouver à Tchao-k’ing avec l’horloge tant désirée. Le 18 décembre 1582, le Père s’embarqua avec le P. Pasio, un Frère et quelques jeunes chinois. Arrivés à Tchao-k’ing le 27 décembre, ils obtinrent la faculté de demeurer au faubourg de l’est, dans un temple bouddhique. Ce fut la première résidence de la Compagnie de Jésus en Chine. [Trigault, Expédition, pp.237 seq. ]
Sur ces entrefaites, le vice-roi fut destitué et les deux Pères furent contraints de quitter Tchao-k’ing et de retourner à Macao. Apres deux essais infructueux tentés par les PP Ruggieri et Ricci, le nouveau vice-roi Kouo 郭 leur donnait la permission de revenir à Tchao-k’ing, et d’y construire une maison et une église. Ils se hâtèrent de profiter de la bienveillance du vice-roi et se remirent en route en septembre 1583. [ Trigault, Expédition, p.25 – Bartoli Cina, p.172 ]
A Tchao-k’ing, les Pères récupérèrent un autel que le P. Ruggieri, dans un voyage précédent, avait laissé chez un bachelier, nommé Kiu Ni-ko 朱伲姑, qui avait commencé à étudier la doctrine chrétienne et à réciter les prières. Celui-ci en avait pris soin. Il avait dressé cet autel dans une salle ornée avec élégance, et au-dessus il avait écrit en grands caractères: T’ien-Tchou 天主, Seigneur du Ciel. Tous les jours il venait se prosterner devant lui, adressant quelques prières à ce Seigneur du Ciel inconnu. [ Trigault, Expédition, pp.266 seq. – Ricci, Opere, t.I, pp.27 seq. ]
Malgré ses bonnes dispositions, il ne fut pas le premier à recevoir la grâce du baptême. Un jour, les missionnaires rencontrèrent, le long des remparts, un homme couché à terre, vêtu de haillons, et en proie aux plus grandes souffrances. Les Pères s’approchent de lui et le P. Ruggieri, tout ému, lui adresse des paroles de tendre compassion. L’infortuné lui dit que, sa maladie ayant été déclarée incurable, ses parents n’avaient pu le garder chez eux et l’avaient déposé en ce lieu. Touchés de cette profonde misère, les religieux le prennent, l’emportent dans leur résidence, lui prodiguent les soins les plus affectueux. Quelques jours plus tard ils lui demandent s’ils ne désirait pas embrasser la foi de Jésus-Christ. “Oui, répondit-il, je veux être chrétien; je suis un ignorant: je n’ai pas étudié, mais je crois céleste et véritable la religion qui inspire à ses disciples un tel amour et de semblables oeuvres”. Il reçut le baptême avec foi et reconnaissance. Il mourut peu après. Un pauvre ignorant abandonné de tous fut le premier que Dieu se choisit dans cette vaste Chine. [Trigault, Expédition, pp.282 – Ricci, Opere, t.I, pp.133 ]
Le gouverneur, les mandarins et les principaux lettrés de Tchao-k’ing venaient visiter les missionnaires. Par leurs conversations, les Pères avaient l’occasion de les informer de la foi chrétienne. Les mandarins trouvaient parfaite la doctrine exposée mais demeuraient dans leur indifférence. Les Pères cependant profitaient de ces entretiens pour se former à la langue mandarine, et le P. Ruggieri travaillait à un catéchisme qu’il faisait reviser par quelques lettrés. Ils eurent la consolation de voir leurs efforts couronnés de quelques succès. Ils invitèrent le P. Cabral, Recteur du collège de Macao et Supérieur de la mission à venir à Tchao-k’ing. Le 21 novembre 1584, le P. Cabral conféra publiquement le baptême à deux catéchumènes: le jeune bachelier Kiu Ni-ko et un lettré du Fou-kien 福建. Le P. Cabral rendit un compte-rendu très favorable de cette belle entreprise au P. Visiteur, le P. Valignano. Plein de joie, celui-ci demanda des renforts au P. Provincial des Indes, qui lui envoya deux nouveaux Pères, Edouard de Sande et Antoine d’Almeyda. [Trigault, Expédition, pp.283 seq. / Ricci, Opere, t.I, p.136 seq. -- Trigault, Expédition, p.288 seq., 316 seq. / Ricci Opere, t.I, p.136 seq., 151 seq. ]
En 1585, le vice-roi reçut l’ordre de Pékin d’acheter des curiosités européennes et de les expédier à la cour. Il se déchargea sur le P. Ruggieri du soin de faire ces emplettes à Macao. Peu après, le gouverneur de Tchao-k’ing ayant été élevé à une dignité supérieure, proposa au Père de l’amener avec lui à Hang-tcheou fou 杭州府, capitale du Tche-kiang 浙江. Ruggieri accepta avec empressement et arriva dans cette ville avec le P. d’Almeyda, en janvier 1586. Le père de l’ancien gouverneur de Tchao-k’ing, ami des missionnaires, leur donna asile dans sa maison, et reçut le baptême de leur mains. Les mandarins les invitaient à leur table, et tous les jours ils expliquaient la religion chrétienne. [ Trigault, Expédition, pp.320 seq. – Ricci, Opere, t.I, pp.151 seq. ]
Non content de cette nouvelle station, le Père Ruggieri profita d’une occasion pour fonder une troisième résidence dans le Hou-koang 湖廣, mais il ne put la soutenir. Il se rendit ensuite à Koei-lin 桂林, capitale du Koang-si, d’où, après avoir été d’abord reçu avec affection, il se vit expulsé par les calomnies de ses adversaires. De retour à Tchao-k’ing, Ruggieri fut sur le point de voir ruiner l’établissement fondé avec tant de peine. Quelques mauvais chrétiens accusèrent les Jésuites près des magistrats, soulevèrent le peuple contre eux, et une inondation survenant, la multitude irritée saccagea et pilla la maison. [Trigault, Expédition, pp.325 – Ricci, Opere, t.I, pp.162 ]
La position était précaire. Appuyés seulement de la protection de quelques mandarins, les Pères dépendaient entièrement de leurs sentiments, qui pouvaient changer du jour au lendemain. Il fallait donc tâcher d’avoir une existence régulièrement reconnue et approuvée par la cour. On résolut unanimement de demander au St-Siège une ambassade officielle à la cour de Pékin, et comme le P. Ruggieri était mieux instruit que tout autre des moeurs du pays, et y avait résidé plus longtemps, il fut choisi par le P.Visiteur Valignano pour négocier cette grave affaire.

Embarqué à Macao en 1588, il arriva à Lisbonne en 1589 et se rendit à la cour de Philippe II -qui était roi d’Espagne et du Portugal depuis 1580- pour l’intéresser à son entreprise. Mais à Rome, les décès successifs de quatre Pontifes en deux ans (1589-1591) apportèrent à sa négociation des délais interminables, en sorte que ne voyant plus d’espoir de réussir, et d’autre part épuisé par les fatigues et les travaux, il se retira à Salerne, où il mourut en 1607. [Trigault, Expédition, pp.353 seq. –Ricci, Opere, t.I, p.172 seq. ]

Notes bio-bibliographiques:
Le P. Ruggieri a laissé:
1- Cheng kiao che lou 聖教實錄 “Vraie relation de la sainte doctrine”, 1 vol. 1584.
2- Diverses lettres écrites de Chine depuis l’année 1583. Quatre de ces lettres se trouvent dans les Nuovi avvisi del Giapone, in octavo, Venetia, apprensi Gioliti, 1586.
La 1ère, de Tchao-k’ing, 7 février 1583. La 2ème, de Macao, 25 janvier 1584. La 3ème, de Tchao-k’ing, 30 mai 1584. Cette lettre renferme la traduction latine des deux inscriptions placées par les mandarins sur les portes de la maison et de la chapelle des missionnaires. La 4ème, de Macao, 21 octobre 1584.
Une cinquième lettre, du 8 novembre 1586, écrite de la Chine au R. P. Général, a paru dans les Annales Indiques, Anvers, 1590, pp.157 esq.
3- Le P.Tacchi Venturi a publié, dans l’appendice aux Opere du P. Ricci , t. II, pp. 395 seq., plusieurs lettres de Ruggieri, 1578 à 1586, nos 1, 2, 3, 4, 10, 13.
4- Le P. Sommervogel, dans son supplément (Bibliotheque t. IX, col. 826), signale un manuscrit du P. Ruggieri conservé à la Bibliothèque Vittorio-Emmanuele à Rome (Mss. gesuitici; n. 1185 (3314): “China, seu humana institutio”.

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